Extrait : Piloter sa température

Les premières pages

Le début de l'introduction, tel qu'il est imprimé, coupures comprises. Un livre dont le principe est de ne rien croire sur parole ne va pas te demander de l'acheter sur parole.

Une histoire de cadeau mal emballé

Mais dans quelle histoire suis-je allé me fourrer ? T'entretenir de ta propre température, à toi qui ne m'as rien demandé, qui vis très bien à vingt-deux degrés toute l'année et qui n'as aucune envie qu'on vienne t'expliquer que ton confort te coûte quelque chose ? Comment vais-je m'en tirer ? Je n'en ai pas la moindre idée, et toi non plus.

Il y a une seule chose que je sais, c'est d'où c'est parti.

C'est parti d'un cadeau. Un livre commandé pour mon père, un peu à l'aveugle, après avoir croisé trois lignes sur le froid, la respiration et une méthode venue du nord de l'Europe. Le genre de sujet qui t'intrigue sans te convaincre : tu te dis qu'il y a sûrement quelque chose là-dedans, et tu te dis aussi que ça sent le gourou en caleçon sur un glacier. J'ai donc acheté ce livre pour quelqu'un d'autre, ce qui est la manière élégante de s'intéresser à un truc sans avoir à l'assumer.

Et puis le colis est arrivé. Je l'ai ouvert, j'ai feuilleté avant d'emballer (on feuillette toujours avant d'emballer, ne prétends pas le contraire), et je ne l'ai pas emballé du tout. Je ne me suis pas arrêté. Mon père a reçu autre chose, je ne sais plus quoi, une écharpe je crois, ce qui ne manque pas de sel vu ce qui va suivre.

Ce n'était pas de l'enthousiasme de coach. C'était de la physiologie. Des protocoles chiffrés, des études à comité de lecture, des mécanismes exposés avec une rigueur qui rendait pénible de balayer ça d'un revers de main. J'ai essayé de le balayer quand même, par principe. Ça n'a pas marché.

Ce que j'ai trouvé ce soir-là contrariait deux certitudes que la plupart des gens portent sur eux comme un manteau, sans jamais l'ouvrir pour regarder la doublure.

Le froid rend malade

Tu l'as entendu depuis l'enfance, sous toutes ses formes, et sur tous les tons. Ne sors pas sans manteau. Couvre-toi la gorge. Ne va pas te baigner en octobre, tu vas attraper la mort. La mort ! Rien que ça. Ce réflexe est si profondément vissé que des adultes par ailleurs raisonnables, des gens à qui l'on confie des budgets et des véhicules, emmitouflent leurs enfants par trente degrés.

Attention, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit. L'hypothermie tue, et les épidémies hivernales ont des causes réelles et documentées. Je ne vais pas t'expliquer que le froid est ton vieil ami et qu'il suffit de sourire pour que tout aille bien. Mais entre « le froid tue » et « le froid rend malade », il y a exactement la distance qui sépare la biologie du proverbe. Des expositions bien dosées (bien dosées, je le répète, je le répéterai encore, et tu finiras par m'en vouloir) activent des systèmes que l'évolution a mis quelques millions d'années à fabriquer et que notre mode de vie laisse doucement s'atrophier, comme on laisse un muscle se ramollir dans un plâtre.

Le confort thermique est neutre

Celle-là est plus sournoise, parce que personne ne la formule jamais. On ne se dit pas le matin : « le confort thermique est neutre. » On se contente de vivre à vingt-deux degrés, de dormir dans une chambre surchauffée, de travailler sous une climatisation qui ronronne, de ne jamais, jamais avoir froid, et de considérer que c'est là l'état normal et parfaitement bénin de l'existence contemporaine. Confortable, donc innocent.

La biologie dit autre chose.

Ah. Il fallait bien qu'il se réveille, et autant que ce soit tout de suite.

Celui qui vient de me couper, je le traîne avec moi depuis le début de ce travail. Je l'appelle l'Agent Sceptique Intégré, et il ne me lâchera pas d'une page. Son métier est simple : il ne croit rien. Dès que j'affirme sans prouver, dès qu'un chiffre me fait plaisir un peu trop vite, dès que je m'enthousiasme là où il faudrait mesurer, il me coupe. C'est exactement ton travail à toi, lecteur, et je préfère le faire faire par quelqu'un dont c'est le métier plutôt que de compter sur ta patience.

Il a raison sur ce coup. « La biologie dit autre chose » ne veut rien dire tant que je n'ai pas produit la biologie en question.

Alors la voici.

Onze minutes

En 2021, une chercheuse danoise du nom de Susanna Søberg publie dans Cell Reports Medicine les résultats d'une étude qui fait ce que personne n'avait pris la peine de faire avant elle. Le domaine était plein de travaux montrant que le froid active ceci, augmente cela, améliore tel marqueur. Tous passaient à côté de la seule question que se pose vraiment quelqu'un qui envisage de commencer : combien ?

Combien de froid, à quelle température, pendant combien de temps, à quelle fréquence, pour obtenir un effet mesurable ? Pas un effet ressenti, pas un effet raconté sur un forum. Un effet mesurable.

Sa réponse tient en deux mots : onze minutes. Onze minutes par semaine, réparties en deux ou trois immersions.

Onze minutes, c'est moins que le temps que tu passes à chercher quoi regarder avant de renoncer et d'aller te coucher. Et dans ces onze minutes, la noradrénaline grimpe de trois cents pour cent, le tissu adipeux brun se met au travail, la thermogenèse s'emballe. Ce n'est pas de la volonté. Ce n'est pas du mental. C'est de la biochimie, et la biochimie se moque bien de savoir si tu es motivé ce matin.

Il ne lâche rien, je te l'avais dit. Il a encore raison, et nous reprendrons cette étude au chapitre quatre, avec ses chiffres, sa population très particulière et ce qu'elle ne prouve pas. Parce qu'elle ne prouve pas tout, loin de là, et je ne compte pas te vendre onze minutes comme on vend un abonnement à la salle de sport. Patience.

La suite

La suite est dans le livre

L'hypothalamus, le choc du froid, la graisse brune ressuscitée par une machine à imagerie, les zones magiques de Stanford, le sauna, le sommeil. Et l'Agent Sceptique à chaque page, pour vérifier que rien ne t'est vendu sans preuve.